الاثنين، 1 كانون الثاني، 2007

Les images des "Funérailles de l' éléphant



A propos de mes images pour
« Les funérailles de l’éléphant ».



« Tu veux qu’on te fasse un dessin ? », cette réplique si populaire témoigne de l’ efficacité de l’ image lorsque les mots échouent à transmettre les idées. Ainsi , le comble du dessinateur que je suis c’est de faire des mots pour expliquer mes dessins qui, eux, ont la prétention d’ « expliquer » les mots de l’auteur . De toute façon, les dessins ne se passent pas de légendes, mais les légendes ne peuvent remplacer les propos des dessins.

Si les mots pouvaient expliquer les images visuelles, j’aurais tout donné pour trouver le mot magique qui pourrait contenir toutes les images du monde. Hélas la magie des mot marche de moins en moins. Regardez par exemple le destin tragique des grands mots comme « Abracadabra », « Sésame Ouvre-toi ! », « Liberté, Egalité et Fraternité » , « Sous les pavés la plage » ou encore « Allah Akbar »! Non, les mots ne peuvent plus rien pour les images visuelles, pire encore, ils sont capable de redevenir images et d’abuser de la confiance que les uns et les autres placent en eux. C’est vrai «Le mot chien n’aboit pas , comme le dit Ferdinand De Saussure, mais il peut faire pire lorsque il se métamorphose en images de tout les chiens qui habitent l’esprit. Regardez les calligrammes d’Apollinaire, c’est du beau sabotage contre l’ordre graphique établi des mots et des images.
Ceci étant dit, il m’est impossible de donner à voir des images sans les escorter par des mots qui accompagnent et qui cadrent le regard de ceux et de celles qui sont susceptibles de voir ce que je vois, pardi ! (quel mot !).


Donc , si « la peinture se suffit à elle même », c’est peut être une raison valable pour en parler.
Et si je vous parle de peinture alors qu’ il s’agit d’ images illustrées dans un livre pour enfants c’est peut être par ce que toute image – pour le peintre que je suis – vient de la peinture , ou du moins , va vers la peinture. Quand je dis « toute image » j’inclus même celles que je pourrais parfois bricoler sur l’ écran d’ un ordinateur.
Ainsi ces images là sont négociées , à mi chemin , entre deux procédés : la peinture et le collage. Mais quand je parle du collage j’entends le terme plutôt dans le sens de l’ assemblage que dans celui des collages dadaistes ou cubistes, dont les auteurs étaient impliqués dans les questions de rupture et de continuité vis-à-vis du support matériel.
En effet, pour une grande partie de ces images, j’ai commencé par coller les dessins des mains représentant les gestes d’ ombres chinoise sur des feuilles blanches. Ensuite j’ai dessiné les corps des personnages qui pourraient aller avec ce que représentent ces mains. Certaines fois, j’ai reproduit les dessins des personnages sur un nouveau support pour les recomposer avec d’autres personnages dans des situations différentes ( merci à mon ordinateur !). Le fait de reproduire les éléments collés contribue à affaiblir ou à suprimer l’effet de rupture du support visble dans le collage initial. Les différences de textures et les nuances de teinte s’estompent , voire disparaîssent, de la surface du second support. C’est pour cela je parle plutôt d’ assemblages que de collages.
Le regard qui s’attarde un instant sur les images remarquera facilement une rupture dans la nature du trait définissant les mains et les ombres. Ces images d’ombres chinoises , trouvées sur le Web, montrent une identité graphique fortement pixélisée. Au départ, la nature du trait pixélisé me gênait. J’ai tenté de lisser le trait et de camoufler les pixels apparents sur les mains et les ombres, mais le resultat ne m’ a pas plu : le nouveau dessin a perdu le décallage entre les images trouvées et les image élaborées par moi-même. Or ce « décallage » me semblait esthétiquement trop précieux pour le troquer contre une uniformité du trait graphique.
En effet, ces images ,qui montrent le lien « décalé » entre deux natures graphiques différentes, ont l’ambition d’orienter le regard ver un terrain autre que celui des propositions esthétiques courantes. Des solutions que les charitables techniciens du traitement de l’ image informatisée ont placées et depuis longtemps, comme « affaires classées » , dans les mémoires digitalisées.
Ainsi « comment échapper à Photoshop ? » devient pour moi une question de peintre car c’est un outil qui abuse de son statut d’objet de culte moderniste et aspire à enfermer les interrogations du mondes dans les réponses disponibles dans son programme. (« yaka copier coller ! »).

Comme tout « bon » outil, Photoshop est guetté par « le complexe du couteau suisse », il se dit « outil total » mais décline en flagrance le totalitarisme le plus orthodoxe. Cependant ,le couteau suisse, qui a été fabriqué initialement pour équiper les soldats de l’ armée suisse, remplit , semble- t-il une fonction psychologique, car , tout comme l’armée suisse, il rassure son titulaire d’être armé du bon outil, au cas où.
Le problème donc avec Photoshop c’est qu’ il ne rassure personne parmi les créateurs que je connais, car il ignore une notion centrale dans la pratique graphique, à savoir , la capacité du geste pictural à porter l’émotion du moment, cet instant étrange qui ne se répète pas et qui se négocie différemment chaque fois, au croisement des intentions , des gestes , de l’ outil
et des supports. Ceci étant dit, nous n’abandonnerons pas Photoshop à l’ armée suisse .
Pour revenir à la question du « décalage » comme justification ésthétique pour ces images-là, je pense que le vrai « décalage » opère déjà dans le récit invraisemblable de ce conte africain qui ne se gêne pas pour montrer la grossièrté de ses ficelles. On se croirait dans une pièce de Bertolt Brecht, ( d’ailleurs Brecht appelerait cela « Distanciation » plutôt que « décallage »), avec cette assemblée d’ animaux qui discuteent des affaires de la cité, de la mort comme affaire des vivants, de cet éléphant peu conventionnel qui chasse un boeuf comme nourriture et enfin, ce lièvre carnivore qui discute avec les fauves d’égal à égal !
C’est pourtant une histoire africaine racontée par des Africains à d’ autres Africains qui connaissent bien leur milieu naturel et qui sont bien informés sur le comportemet animal.
A ma première lecture j’étais décidé à dessiner des images qui racontent la présences des animaux dans la brousse , mais une seconde lecture m’ a révélé que ce n’est point une histoire d’animaux, que c’était plutôt une histoire d’ hommes qui jouait une comédie animalière tout en montrant qu’ il ne fallait pas les prendre pour des animaux . J’ai donc abandonné mes images initiales de l’ histoire d’ animaux et je me suis mis à rechercher un nouveau biais pour présenter ces hommes qui font semblant de se cacher derrière les ombres des animaux. Les images des ombres chinoises étaient déjà parmis les documents que j’avais accumulés au cours de mes recherches iconographiques. Un jour j’en ai utilisé une pour orner une annonce que j’avais mise en salle de professeurs afin d’ informer mes collègues de mon exposition de peinture en ville. A un moment, en bavardant avec un collègue à propos du mensonge et de la vérité dans les images, j’ai regardé cette image d’ombres chinoises affichée et j’ ai pu voir toutes les autres images du livre naitre, par la magie de poupéés russes contenues dans cette petite affichette que j’ avais bricolée dans l’urgence. J’ étais ravi d’ avoir trouvé une réponse iconographique à ce conte surprenant.
Hassan Musa
16/12/2005